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La souffrance comme espace de croissance

  • Photo du rédacteur: Catherine Dubé
    Catherine Dubé
  • il y a 2 jours
  • 2 min de lecture

En tant que travailleuse sociale, je suis quotidiennement au contact de la souffrance humaine. Elle est là, parfois criante, parfois silencieuse, souvent maladroite. Et pourtant, malgré l’inconfort qu’elle provoque, je suis de plus en plus convaincue d’une chose : la souffrance n’est pas seulement un poids à porter ou un symptôme à faire disparaître. Elle peut aussi devenir un point d’appui. Un espace de croissance.


Dans notre société, on apprend très tôt à éviter la souffrance, à la cacher, à la minimiser. Il faut aller bien, être performant·e, avancer coûte que coûte. Les moments de crise sont alors vécus comme des échecs, des failles personnelles. Mais si l’on prend un temps d’arrêt, si l’on accepte d’écouter ce que la souffrance a à nous dire, elle peut remplir une fonction essentielle.


La souffrance comme révélatrice


La souffrance ouvre souvent un espace de clarté. Elle agit comme un signal d’alarme : quelque chose ne fonctionne plus, quelque chose demande à être entendu. Elle met en lumière des déséquilibres que l’on avait parfois appris à tolérer trop longtemps — une charge mentale excessive, une relation insécurisante, un rythme de vie incompatible avec nos besoins profonds.

Même si elle est douloureuse, ce passage est précieux. Elle nous oblige à regarder en face ce qui n’est plus ajusté, ce que l’on ne peut plus ignorer. En ce sens, la souffrance n’est pas l’ennemie du changement ; elle en est souvent le point de départ.


Revenir à l’essentiel


Lorsque tout vacille, il devient difficile de continuer à faire semblant. La souffrance nous ramène alors à l’essentiel : nos besoins fondamentaux, nos limites, nos valeurs. Elle nous rappelle que nous ne sommes pas des machines, mais des êtres sensibles, traversés par des émotions, des histoires, des vulnérabilités.

Dans l’accompagnement social, je constate souvent que les périodes de crise permettent une réorganisation profonde. Les personnes que j’accompagne commencent à se poser des questions nouvelles : De quoi ai-je réellement besoin ? Qu’est-ce que je ne veux plus accepter ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour moi ? Ces interrogations, bien que déstabilisantes, ouvrent la voie à des choix plus alignés.



Une souffrance qui peut devenir constructive


Bien sûr, la souffrance ne devient pas constructive par magie. Elle a besoin d’être accompagnée. Soutenue. Accueillie à un rythme respectueux de la personne. Lorsqu’il y a un cadre, une présence bienveillante, une autorisation à ne pas aller « vite », alors quelque chose peut se transformer.

Le rôle du professionnel n’est pas de supprimer la souffrance à tout prix, mais d’aider à la traverser, à la comprendre, à lui donner du sens. De permettre à chacun·e de se réapproprier son histoire sans s’y enfermer.


Normaliser la vulnérabilité


Dans un monde qui valorise le « tout va bien » et la performance permanente, il est urgent de normaliser la vulnérabilité. Reconnaître qu’aller mal fait partie de l’expérience humaine. Et surtout, reconnaître la force immense qu’il y a à demander de l’aide.

La souffrance n’est pas une faiblesse. Elle est souvent le signe qu’un ajustement est nécessaire, qu’un changement est en cours, qu’une croissance est possible. À condition de ne pas rester seul·e avec elle.

Et si, collectivement, nous apprenions à écouter davantage ce que la souffrance cherche à nous dire ?

 
 
 

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